J’ai grandi entre deux quartiers que beaucoup résument encore parmi les plus dangereux de France : l’Arlequin et Mistral.
Moi, j’y ai aussi vu de la vie, de la solidarité et des rêves d’enfants. Grenoble est ma ville. J’y ai grandi. J’y ai étudié. J’y ai encore ma meilleure amie, d’anciens camarades de classe, des amis de longue date et une partie de ma famille.
Avant tout, mes sincères condoléances à la famille du jeune homme décédé. Mes pensées vont également aux blessés et à leurs proches. Quand une fusillade touche Mistral, je ne vois pas seulement un fait divers.
Je reconnais une rue. Une tour. Un passage piéton. Et reconnaître ces lieux dans de telles circonstances, après tant d’années, reste toujours difficile.
J’ai alors écrit à une amie qui vit toujours sur place : « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Sa réponse a été courte : « Comme d’hab’. »
Trois mots. Trois mots qui m’ont peut-être plus bouleversée que les images elles-mêmes.
Parce qu’à partir du moment où l’on peut répondre « comme d’hab’ » à une fusillade, c’est que l’inacceptable est en train de devenir ordinaire.
Je revois un quartier complexe. Le trafic. Les braquages. Les bus bloqués. Les arrêts supprimés. Le Lidl qui a fini par fermer à cause du vandalisme.
Mais je revois aussi la MJC, la Maison pour Tous, le couscous des tatas, les voisins, les rires et les familles qui tenaient debout malgré tout.
J’ai quitté Grenoble en 2006 pour l’Angleterre, le cœur serré. Je suis partie avec des diplômes à construire, un avenir à inventer et surtout avec toutes ces compétences invisibles que le quartier m’avait déjà enseignées : l’adaptation, la résilience, la capacité à comprendre des réalités complexes et à évoluer dans la diversité.
Alors je me pose deux questions :
- À quel moment un quartier devient-il plus connu pour ses violences que pour ses habitants ?
- À quel moment la peur prend-elle plus de place que les rêves des enfants ?
La violence ne détruit pas seulement des vies. Elle détruit aussi les liens, les services, la confiance et parfois même l’idée que l’avenir peut être différent.
Mais je refuse de croire qu’un quartier est condamné. Parce que lorsque l’on parle de Mistral, on parle souvent des balles. Beaucoup plus rarement de tous ceux qui y ont grandi sans jamais choisir la violence.
- Mistral mérite mieux que les armes.
- Mistral mérite mieux que les caricatures.
- Et ses enfants méritent mieux que l’habitude du pire.
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Sitti ABDALLAH MSHANGAMA, Leadership stratégique • Gouvernance inclusive • Transformation durable
